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« Le gâchis monumental » à Nancy, l’explosion de Georges Mikautadze, l’expérience Seraing… Entretien ML2 avec Jean-Louis Garcia

Libre depuis la fin de sa mission maintien réussie en première division belge avec Seraing la saison dernière, Jean-Louis Garcia garde un œil attentif aux résultats de la Ligue 2. L’occasion pour MaLigue2 de prendre des nouvelles de l’ancien coach de Nancy, Troyes ou du RC Lens. En attente d’un nouveau challenge, le technicien de 60 ans livre son regard sur le championnat, mais aussi sur l’explosion de Georges Mikautadze au FC Metz, qu’il a dirigé dans le club satellite des Grenats l’an dernier.

© Stephanie Grossetete, Panoramic / Imago

ML2 : Jean-Louis, comment avez-vous vécu cette première expérience à l’étranger à Seraing l’an dernier ?

JLG : J’ai été sollicité en décembre 2021 par Philippe Gaillot, qui était alors le directeur sportif du FC Metz. On sait que Seraing est leur club satellite. L’objectif était de faire jouer des joueurs en post-formation en manque de temps de jeu. Dans un premier temps, c’était en D1B, l’équivalent de la Ligue 2 en Belgique. Ils ont eu la chance de monter, on y reviendra, avec un grand Georges Mikautadze qui avait inscrit 25 buts. La première division était une opportunité extraordinaire pour ces joueurs plutôt que d’être prêtés en N1 en France par exemple. Seraing était en difficulté à la trêve hivernale, Philippe Gaillot a pensé à moi et à mon staff pour l’opération maintien. La mission a été validée après les barrages, c’est la deuxième fois que je réussissais à les franchir après avoir connu la montée en L1 avec Troyes via ce système. On a battu l’équipe barragiste de D1B, Molenbeek, qui est un club avec de beaux moyens. On a aussi marqué l’histoire du club car pour la première fois de l’histoire de Seraing, on a réussi à s’imposer au Standard de Liège chez eux. C’était une très belle expérience.

On a réalisé du très bon travail dans des structures terribles. Il faut se dire que Seraing, c’est l’équivalent du N3 en France ! Un stade d’une grande vieillesse, un bureau de coach sans douche pour se laver, des couloirs où on pouvait trouver un rat mort le matin… Pas de terrain en herbe pour s’entraîner car il était inondé dès qu’il pleuvait. Un terrain d’honneur sans possibilité de s’entraîner. C’était un véritable exploit d’atteindre l’objectif et d’un commun accord, travailler dans ces conditions n’était pas ce que j’attendais. J’aurais pu enchaîner une deuxième année mais ce n’était pas possible. Mon nom est sorti l’été dernier par des supputations quand Metz s’est séparé de Fred Antonetti, mais je n’étais au courant de rien. En plus, la direction sportive avait changé puisque Pierre Dréossi avait remplacé Philippe Gaillot. Pierre a fait son choix d’entraîneur, c’était logique. Sur les quelques propositions d’autres clubs que j’ai eues, cela ne me semblait pas cohérent par rapport à ce moment de ma carrière, d’où le fait d’être libre aujourd’hui.

ML2 : Il y a eu plusieurs changements d’entraîneurs sur les bancs de Ligue 2 cette saison, avez-vous eu des touches ?

JLG : En aucun cas je n’ai été contacté. Actuellement, il y a une sorte de lobbyisme sur les entraîneurs jeunes. Quand tu as 60 ans, avec de l’expérience, du vécu et 400 matchs en pro… Le football reste le football ! Qu’on ait 40 ans ou 60 ans, le jeu reste le jeu, le management reste le management. Oui, il faut avoir les codes avec la jeunesse d’aujourd’hui, mais je pense avoir prouvé à Seraing avec beaucoup de jeunes en post-formation que j’ai été capable de les manager. C’est la base de notre métier de savoir se remettre en questions dans notre méthodologie etc. Si Jean-Claude Suaudeau était encore entraîneur, je pense qu’il ferait toujours partie des meilleurs. Les coachs ne vont rien inventer. Sur la forme, sur la communication, peut-être. Mais sur le fond, le football reste le football.

A Nancy, Gauthier Ganaye va chercher un technicien allemand en disant qu’il va jouer comme Klopp à Liverpool…

ML2 : Avez-vous pris du recul ou êtes-vous activement à la recherche d’un projet pour la saison prochaine ?

JLG : C’est une histoire d’opportunité. Si quelqu’un pense que je puisse être la personne idoine pour son projet et qu’on partage des valeurs et une façon de fonctionner, pourquoi pas ! Je suis heureux de voir un Jean-Michel Roussier réussir au Havre AC par exemple, car j’ai passé six mois extraordinaires avec lui à Nancy. J’ai adoré cette relation président-entraîneur. C’est un mec avec des valeurs, qui est capable de dire les choses. Je ne suis pas étonné de leur réussite avec Mathieu Bodmer, dans la lignée d’un Benjamin Nivet. Le trio avec Luka Elsner fonctionne. Il était en difficulté l’an dernier au Standard mais c’est la preuve que ses compétences d’entraîneur étaient intactes. Si demain un président comme ça me tient ce discours, pourquoi pas. Mais en toute honnêteté, je n’envoie pas mes CV. Je considère que mes précédentes expériences parlent en ma faveur. J’ai terminé 8e avec Nancy lors de ma dernière saison en Ligue 2. Et Gauthier Ganaye d’ailleurs, il devient quoi là-bas ?

A un moment donné, on lui a fait parler dans les médias des datas, du gegenpressing etc. Mais reste à ta place ! On voit où il a amené l’ASNL aujourd’hui ! Quand il est arrivé à la mi-saison (janvier 2021, ndlr), on restait sur une première partie de saison difficile. On a recruté un joueur (Aurélien Scheidler) au mercato, et on a fait une deuxième partie de saison où je crois qu’on est 4e (7e avec 29 pts, ndlr) pour finir au général à la 8e place. A trois mois de la fin, mi-mars, on était déjà sauvés. Et jamais M.Ganaye n’est venu me dire qu’on faisait du bon boulot et qu’il fallait préparer la saison d’après. Il avait déjà décidé de changer de coach alors qu’on avait battu Troyes le champion 5-1 chez eux, et qu’on avait aussi battu Clermont, qui est monté cette année-là. Le président ne te calcule pas et il va chercher un technicien allemand en disant qu’il va jouer comme Klopp à Liverpool… Cela rend fou ! Quand j’en parle après-coup, j’en ai encore les nerfs. C’est du foutage de gueule, il a enfumé tout le monde…

ML2 : Vous avez un sentiment de gâchis de voir aujourd’hui l’ASNL en telle difficulté ?

JLG : C’est un désastre ! Et il y a beaucoup de responsables. Le club a été vendu aux actionnaires Américains… Un jour ils sont venus au centre d’entraînement, ils ne sont même pas venus saluer l’équipe professionnelle et le staff qui étaient sur le terrain. Ils ont mangé ensemble en catimini dans les bureaux puis ils sont repartis. Ils en ont rien à foutre ! Ils sont venus pour faire du business. De mon côté, la première année on termine 12e au moment du Covid, puis la saison d’après on termine 8e. Ce sont les deux meilleures saisons du club depuis sa descente en L2 (…). C’est un gâchis monumental, il y avait moyen de bien repartir avec un recrutement sérieux, s’appuyer sur notre belle deuxième partie de saison. Hors là, il y a eu des grands effets d’annonce et au final, ils ont fait rire la France entière ! Cela fout les boules car tu te dis qu’il faut avoir des talents de communicants plutôt que la reconnaissance de ton travail. En tout cas, l’histoire a fait son œuvre. Seraing cette saison est à la ramasse aussi, et ils vont retrouver la D1B.

Mikautadze ? Dans le style, c’est un Jean-Pierre Papin !

ML2 : Pour revenir à Seraing justement, vous avez eu plusieurs joueurs de Metz sous vos ordres dont Georges Mikautadze, vous aviez perçu déjà son potentiel pour exploser en Ligue 2 cette année avec les Grenats ?

Georges Mikautadze, déjà 17 buts en L2 cette saison ! (Photo by Christophe Saidi/FEP/Icon Sport)

JLG : En début de saison, j’avais pronostiqué minimum entre 15 et 20 buts pour lui. Pour moi, c’était une énigme énorme de la part du FC Metz de le prêter à Seraing. Vu leurs difficultés sur le plan offensif, je ne comprenais pas pourquoi ce joueur était avec moi, surtout qu’il avait fait la reprise avec le FCM. Ce garçon m’a impressionné tout de suite. Toutes proportions gardées, dans le style, c’est un Jean-Pierre Papin ! Il va vite dans les espaces, il se déplace intelligemment, sa frappe du pied droit est un coup de fusil ! Sa frappe est sèche, spontanée, il est adroit, il est malin, il aime travailler. Le FC Metz avait ses raisons, mais quand je le voyais à gauche en début de saison en 4-2-3-1 avec Ibrahima Niane en pointe… C’était du gâchis pendant 4-5 mois de le faire jouer à ce poste, et malgré cela il a réussi à marquer des buts. Là, il s’exprime complètement dans l’axe. Il a besoin de se retrouver dans la surface de réparation. Quand j’étais en discussion à l’époque avec Philippe Gaillot, je lui disais que Metz devait récupérer ce garçon au plus vite ! Au même titre que’Ablie Jallow ou Youssef Maziz d’ailleurs. Je n’avais pu utiliser Jallow que lors des deux derniers matchs de la saison car il s’était blessé à la CAN avec la Gambie. Mais si je l’avais eu avant, on n’aurait même pas eu besoin de passer par les barrages pour se sauver avec Seraing. Bien sûr il y a Georges, mais il ne faut pas oublier non plus les deux autres qui sont d’une grande qualité également.

ML2 : Concernant la Ligue 2, y a-t-il des bonnes et des mauvaises surprises à vos yeux cette saison ?

JLG : Au rayon des surprises, le SC Bastia fait une très belle saison. Ils sont dans le haut du tableau, ils sont réguliers, on peut qualifier cela de surprise. On peut aussi parler de la saison de l’ASSE. C’est toujours très compliqué les six premiers mois post-relégation. Je l’ai connu à Lens ou à Troyes. On voit que maintenant ça va beaucoup mieux avec les réajustements dans le recrutement, et ils risquent de finir la saison avec des regrets. On pouvait s’attendre à mieux du Paris FC, peut-être d’Amiens. J’ai une pensée pour mon pote Philippe Hinschberger d’ailleurs. Des équipes comme le VAFC ou Dijon, je ne pensais pas qu’elles lutteraient pour le maintien.

La belle surprise dans le jeu, c’est le FC Annecy de Laurent Guyot avec son beau parcours en Coupe de France. Ils sont ambitieux, avec du pressing et une défense haute. On sent que malgré le classement, ce qui est proposé est intéressant. Je pense que Le Havre ira au bout car c’est très solide. C’est puisant, c’est bien organisé. Cela peut paraître pas super brillant aux yeux des spectateurs, mais c’est sacrément efficace, c’est clinique et ça prend très peu de buts alors que ce n’est pas une équipe qui place le bus. Bordeaux ? Sa place n’est pas en Ligue 2. Ils sont dans la course, mais ils n’ont pas beaucoup de marge. Ils ont réalisé une série de trois victoires consécutives mais on va voir comment ils réagissent après ce coup d’arrêt à Metz (3-0). Ils sont deuxièmes, le prochain match à domicile contre Grenoble sera très important pour relancer la machine. On peut leur reprocher l’incapacité à marquer plus de buts. L’équipe est bien organisée, mais il leur manque peut-être un milieu créateur/passeur au milieu, avec une plus-value technique. L’effectif est constitué comme cela, mais je pense qu’il leur manque ce type de joueur. Quelqu’un qui fait les décalages, qui fait des passes décisives. Un numéro 8 plus créatif, un peu comme un Maziz à Metz par exemple.

Selon moi, la deuxième place se jouera entre Bordeaux et Metz. Sochaux est capable de marquer beaucoup de buts, mais ce sera plus difficile. Bastia part de loin, il faudrait faire un sans-faute et espérer qu’il y ait deux équipes qui s’écroulent, c’est plus compliqué. Le Pau FC, j’espère qu’ils vont se sauver. Laval va lutter pour se maintenir, est-ce que Dijon va réussir son challenge avec son nouveau coach ? (Pascal Dupraz). Ce serait dur pour eux tomber en N1 après avoir connu la L1. On le voit, c’est intéressant à suivre à tous les niveaux !

Propos recueillis par Dorian Waymel

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