Pierre Lees-Melou, ce petit devenu grand

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J’ai commencé à connaître Pierrot quand j’étais en CFA aux Girondins, j’avais 18 ans et lui 4 de moins, il jouait chez les U14. Je n’étais pas bien grand, mais lui, il était tout petit ! C’était le petit du centre, je lui avais donné les crampons de Juninho parce qu’à l’époque, déjà, j’aimais sa vision du jeu.Jordan Galtier, ex-pensionnaire du centre de formation des Girondins de Bordeaux et coéquipier en CFA2 à Lège Cap Ferret a connu Pierre Lees-Melou avec 30 centimètres de moins !A 17 ans, je mesurais un mètre soixante ! Je n’avais pas fini ma croissance, on m’a dit que je n’avais pas la taille et le physique pour poursuivre”, rappelle le milieu de terrain qui mesure aujourd’hui 1 mètre 85. Un déficit de taille qui ne l’a pas forcément desservi : “Comme je n’avais pas le physique plus jeune, j’ai toujours travaillé ma vision du jeu, pour compenser ce déficit et voir avant les autres. J’ai beaucoup travaillé la technique aussi, pour être à l’aise balle au pieds, les deux. C’est pour ça qu’on me dit parfois que j’ai cette dégaine un peu nonchalant.

“Un faux lent qu’on n’arrive jamais à rattraper”

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Pierre, toujours à Lees techniquement

Aujourd’hui, sur les terrains de Ligue 2, la dégaine de Pierre Lees-Melou est de celles que l’on aime voir depuis les tribunes. La tête haute, la technique aisée et l’attitude du milieu de terrain qui voit où se trouve le jeu, sait à quel endroit distiller la bonne passe. Un garçon qui a failli ne jamais connaître le monde professionnel, et travaillait à côté de sa passion de toujours, le football. “Certains garçons sont fait pour sortir pro à 18 ans, d’autres mettent plus de temps. On s’est retrouvé en CFA2, à Lège Cap Ferret, rappelle Jordan Galtier, latéral gauche et éducateur des U17 DH en parallèle. Il avait 21 ans, c’est pratiquement la dernière chance de retrouver un club professionnel. Il a su s’en donner les moyens, en étant toujours sérieux, je n’ai pas souvenir de l’avoir vu loupé un entraînement. Et après quelques excellents mois avec nous, des clubs se sont intéressés à lui.

Dijon m’a fait venir 2 fois, montrant vraiment son intérêt alors qu’un autre club de Ligue 2 et des National s’intéressaient à moi. J’avais vu durant mes essais qu’il y avait déjà une bonne ambiance, je connaissais aussi Loïs Diony du centre de formation des Girondins de Bordeaux, qui m’en avait dit que du bien.” Le Dijon FCO est coutumier dans l’art de repérer d’excellents joueurs venus du monde amateur puis de le faire progresser en professionnel. Le coach dijonnais, Olivier Dall’Oglio, se remémore la découverte de son milieu de terrain : “Pierre est venu en essai l’an dernier. Son aisance technique, pour un garçon de CFA2, nous a interessé. Il a un profil assez atypique, grand gabarit, technique et assez fin, ce qui ne l’empêche pas d’aller assez vite sur les premiers mètres. Une sorte de “faux lent” qu’on n’arrive jamais à rattraper. On l’a fait revenir en test, pour savoir s’il pourrait faire le grand saut CFA2-L2. Nous avons été rassuré par sa mentalité, c’est un garçon qui sait prendre du recul malgré la déception de s’être arrêté aux portes du monde professionnel quelques années avant. Il a un côté Romain Philippoteaux, ce sont des garçons qui ont bossé avant de devenir pros, ils connaissent la valeur des choses et de l’argent. Il y a une certaine humilité qui ne les empêche pas d’être ambitieux.

“Sur les toros, j’étais mort tellement ça allait vite !”

Au Hainaut, on a vu un très bon Sammaritano.
A 17 ans, PLM mesurait un Sammaritano.

Passé professionnel en juillet dernier, Pierre Lees-Melou découvre alors un nouveau rythme de vie : “C’était vraiment un grand saut, je ne m’attendais pas à ça ! Je suis tombé dans la bonne équipe, avec un esprit très familial que je pensais pas retrouver dans les clubs pros. J’ai eu du mal au début de la préparation, la charge de travail est totalement différente, avec parfois trois entraînements par jour ! Sur les premiers toros, j’étais mort tellement ça allait vite. Je me suis accroché, et la multiplication des séances est très agréable à vivre, c’est hyper varié. J’ai intégré de suite le groupe pro, c’est allé très vite pour moi, j’ai adoré !” Une préparation d’avant saison et une charge de travail totalement nouvelle pour un joueur venu du monde amateur, pour laquelle son coach ne s’est pas particulièrement inquiété : “On a l’habitude sur le fait que ce genre de joueur qui arrive du monde amateur a besoin d’analyser et de digérer la charge de travail. Du coup, il s’est révélé important pour nous durant ce dernier tiers de saison, il est moins usé que les autres et a apporté sa fraîcheur. Même s’il pioche un peu après l’heure de jeu, ce qui est parfaitement normal.

Le physique, encore, toujours. Probablement le point sur lequel Pierre Lees-Melou sait qu’il lui reste encore du travail : “Il va falloir manger un peu de physique à l’entraînement, puis l’enchaînement des matchs m’aidera à prendre le rythme.” Ses dernières titularisations en Ligue 2 ont permis de lever partiellement ces doutes, et la Ligue 1 risque de lui permettre de s’exprimer encore un peu plus d’un point de vue technique, comme en témoigne Jordan Galtier : “On a toujours des doutes sur le fait d’assumer la charge de travail au quotidien : passer de 3 séances par semaine à plus de six, avec une concentration et une intensité supérieure, c’est loin d’être aisé. Mais paradoxalement, je sais aussi que le monde professionnel lui convient mieux, il est plus protégé sur les terrains qu’avec nous en CFA2 où on devait parfois calmer les ardeurs de certains adversaires qui n’hésitaient pas à mettre le pied.

“Il ne va pas se prendre la tête parce qu’il joue en Ligue 1 !”

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Où se situe sa marge de progression ? Je suis confiant”

Pierre Lees-Melou sera encore mieux protégé en Ligue 1. Douze mois après avoir quitté son club de CFA2, il va connaître l’élite du football français. Une ascension fulgurante qui ne bouleversera pas le jeune garçon, qui fêtera ses 23 ans dans vingt jours, comme l’explique Jordan Galtier : “Je dirai que Pierre à deux grosses qualités pour réussir : sa vision du jeu et sa passion du foot. Il doit vivre un rêve éveillé, et un garçon posé, attachant et parfaitement entouré ne va pas commencer à se prendre la tête parce qu’il va jouer en Ligue 1.

Cette fin de saison met en lumière un joueur qui n’aura finalement pris part qu’à 14 rencontres de Ligue 2, pour seulement 6 titularisations, à cause de sa vilaine blessure au pied durant les premiers mois. Paradoxalement, cela ne l’a pas empêché de crever l’écran sur ses dernières sorties. “Je suis arrivé en forme au bon moment, dès que ça joue au ballon je me sens à l’aise. Je suis content d’avoir pu enchaîner ensuite. Je préfère jouer milieu offensif axial, et me balader un peu partout, en alliant la profondeur et trouver les espaces entre les lignes. C’est l’avantage dans cette équipe, on a beaucoup de liberté.

Au point de devenir un élément important en Ligue 1 ? Olivier Dall’Oglio répond : “Où se situe sa marge de progression ? Ce n’est jamais facile de se projeter, il faut prendre beaucoup de recul. C’est un joueur intéressant dans un effectif de Ligue 1. Il faudra voir sa capacité d’adaptation à ce nouveau championnat, il est important d’avoir un gros mental pour s’imposer à ce niveau. Même si c’est difficile de se prononcer, je suis confiant.Comme depuis le début, Pierre Lees-Melou prendra le temps de grandir. Avec l’ambition de s’imposer, comme toujours. Plein d’humilité.

Crédit photos Pierre-Lees Melou : Vincent Poyer DFCO

Tous propos recueillis par Philippe Dard

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