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Interviews - 09 février 2018 Laurent Mazure 2 commentaires

Entretien ML2 avec Franck Blondeau, préparateur mental de joueurs en Domino’s Ligue 2

La préparation mentale reste un sujet encore tabou dans de nombreux clubs de football. En Ligue 1 comme en Domino’s Ligue 2. Souvent, trop souvent, le préparateur mental est appelé à la rescousse pour une mission d’un jour, dans l’urgence. Mais les mentalités changent progressivement en France. Et certains joueurs n’hésitent plus à faire appel à ces professionnels pour les aider sur le long-terme. C’est le cas, par exemple, de Baptiste Aloé, défenseur de Valenciennes, de Jordan Lefort, arrière de QRM, et de Jérémy Vachoux, gardien du RC Lens. Leur préparateur mental commun s’appelle Franck Blondeau, qui s’occupe aussi de joueurs de hockey à Amiens, et du pôle France de natation. Pour nous, il a pris le temps de dresser un constat sur un métier plein d’avenir dans le ballon rond.

MaLigue2 : Franck, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai été baigné dans le monde du football amateur. En effet, j’ai travaillé pendant 5 ans au centre de formation de l’Amiens SC. Par ailleurs, je suis de base professeur d’EPS. Aujourd’hui, j’interviens dans une école de management du sport à Paris. Je possède une petite expérience dans la relation pédagogique avec le sportif, le jeune. J’ai toujours pensé qu’il y avait un manque dans le domaine mental lorsque j’étais entraîneur. Je me suis formé, j’ai passé un diplôme universitaire à la faculté de Lille. Cela fait désormais 4 ans que j’exerce.

Le préparateur mental ne jouit pas d’une bonne image auprès des clubs de football. Pourtant, peut-on affirmer que son rôle est aussi important qu’un préparateur physique ?

Il y a quelques années, déjà, nous avions eu du mal à faire de la place au préparateur physique. Ce dernier s’est progressivement installé. Je reste convaincu que nous possédons un certain retard sur les pays anglo-saxons par exemple, qui eux ont déjà intégré cette notion de préparation mentale dans leur staff. Le mental est essentiel dans la performance. Cela joue sur certaines performances. Malheureusement, oui, il existe des réticences, des interrogations sur le rôle du préparateur mental. Pourtant, ce dernier peut amener une meilleure compréhension du groupe, des joueurs. C’est un plus non négligeable pour l’entraîneur.

L’arrivée d’un préparateur mental dans un effectif donne souvent l’image d’un club en crise de confiance, ou de problèmes mentaux…

Souvent, on appelle le préparateur mental en état de crise, effectivement. Nous l’avons vu avec des clubs comme Caen ou Le Havre par le passé. Si le travail était fait en amont, peut-être pourrions-nous anticiper ces crises et les désamorcer à temps. Aujourd’hui, à ma connaissance, un seul club assume l’entrée d’un préparateur mental dans son staff, c’est l’OGC Nice. Après, il y a des one-shot lorsque les clubs sont relégables, lorsqu’il y a des tensions dans le vestiaire.

Comment améliorer l’image de votre métier ?

La communication. Je le vois au quotidien. Les gens ne connaissent pas forcément ce métier. Parfois, on considère que c’est du vent. Parfois, ça peut faire peur car on relie cela à une forme de gourou. Il faut communiquer sur ce travail structuré, planifié, individualisé. Nous nous appuyons sur des méthodes, sur des références scientifiques. Le but est de rendre le sportif autonome. On pourrait croire que ça peut créer un lien de dépendance. Mais non, le but est de le rendre autonome et qu’il trouve sa propre recette.

« Le but est d’amener le joueur à bien se connaître »

La méthode qui fonctionne avec un sportif peut donc ne pas être la même pour un autre ?

Oui, j’insiste sur l’individualisation du travail effectué. Chaque joueur à son mode de fonctionnement, ses difficultés. Cela peut être un problème de stress, de concentration, d’activation. Cela peut être un problème à la fin d’un match, après une erreur, une blessure. Comment gérer cela ? Il existe différentes problématiques. Le but est d’amener le joueur à bien se connaître. A partir de là, il peut trouver la bonne dose, la bonne recette, la bonne régulation, pour mettre en place des outils pour se réguler pendant un match.

En Ligue 2, vous vous occupez de Baptiste Aloé, Jordan Lefort et Jérémy Vachoux notamment. Pourquoi ces joueurs ont-ils fait appel à vos services ?

Il y a une demande de leur part, un besoin. Ce besoin n’est pas toujours satisfait en club. Le joueur m’expose ses envies, ses besoins. A partir de là, j’effectue une évaluation du profil du sportif. Puis nous mettons en place un travail individualisé. Le but est que le sportif verbalise ce qu’il reçoit. Je suis quelqu’un de neutre, je ne suis pas là pour les juger. Je suis là pour les amener à être plus performant et à être bien. Le bien-être et la performance sont indissociables. L’échange est important, des techniques sont mises en œuvre. J’aime bien me rendre sur le lieu de compétition pour voir le joueur en situation. La perception n’est pas la même que derrière un bureau.

Peut-on rapprocher votre travail à celui d’un psychologue ?

Je nuance beaucoup car je ne suis pas compétent en psychologie. Le psychologue va chercher sur le passé de la personne. Je travaille sur le présent et le futur. Le but est d’être proactif. De régler le problème par des solutions pour amener le joueur à ne plus subir certaines choses qui l’empêchent de performer. Il y a bien sûr un travail d’écoute, d’échange. Le but est d’amener le joueur à évoluer, à progresser sur cet aspect. Je différencie bien mon travail d’un psychologue.

« Jérémy Vachoux est quelqu’un de très fort mentalement »

Quelle va être la différence d’un travail accès sur le poste de gardien de but par rapport à celui d’un joueur de champ ?

Le travail fait, par exemple, avec Jérémy Vachoux, c’est de différencier les temps forts et les temps faibles d’un match. La concentration doit être maximale sur les temps forts, dans la prise d’information, dans la communication avec ses défenseurs. Le joueur doit être capable d’identifier les moments où il peut être davantage relâché, ou au moins décompresser. Le gardien de but est le seul joueur qui n’a pas le droit à l’erreur. Celle-ci est souvent fatale. L’approche de l’erreur est donc différente par rapport aux joueurs de champ. Ce dernier peut avoir besoin d’un préparateur mental pour une question de confiance en soi, sur la notion d’agressivité et sur l’impact physique, sur la notion de relance ou sur le fait de maintenir sa concentration sur les coups de pied arrêtés.

Vous évoquiez les erreurs. Contre Orléans (0-1, 23e journée de Domino’s Ligue 2), Jérémy Vachoux s’est rendu coupable d’une mauvaise relance. Une semaine après, il excellait face à Lorient. Est-ce le fruit de votre travail ?

Avec Jérémy Vachoux, un travail avait été effectué en amont de Lens-Orléans, notamment courant décembre et janvier. Le but est qu’il soit autonome par la suite, en assimilant certaines techniques. Jérémy est quelqu’un de très fort mentalement. Il est armé, costaud. Récemment, nous l’avons vu faire des arrêts spectaculaires, assez extraordinaires. Non, ce n’est pas le fruit du hasard. Il a oeuvré à l’entraînement, oui, mais il y a aussi un travail mental derrière. Il veut dépasser ses limites et ainsi aller chercher des ballons qui semblent impossibles.

L’erreur d’Orléans est donc rapidement passée au second plan ?

Il est parvenu à la switcher rapidement. Il a réussi à la prendre comme une alerte et donc un moyen de progresser. Il a pu s’en servir pour rebondir et réagir le match suivant. La notion d’erreur était plutôt constructive, formatrice.

Vous évoquiez en ce qui le concerne un mental très fort. Pourtant, la dernière intersaison et le début de championnat n’ont pas été d’une grande aide sur ce plan…

Sur la carrière d’un joueur de football, il y a des moments de doutes, d’inquiétudes, même pour des top joueurs. Jérémy Vachoux a dû gérer le fait de devenir numéro 1 puis de prendre des buts très difficiles à aller chercher. Il a donc voulu travailler sur cette envie de dépassement de soi. Après, il a connu cette période délicate, à l’automne, en redevenant doublure derrière Nicolas Douchez. Il a su rebondir et se réfugier dans le travail, à travers des objectifs fixés. Les circonstances ont pu l’amener à redevenir numéro un. Il s’est servi de son expérience passée pour être plus fort.

On le sent désormais plus serein, confiant. C’est grâce à vous ?

Je n’ai pas la prétention de dire que tout a changé grâce à la préparation mentale. J’ai certainement contribué au fait de lui amener plus de confiance, de sérénité, oui. La confiance se construit, se travaille, évolue et se gagne à travers les matchs, les performances. Si vous avez un capital confiance important, vous allez mieux gérer l’erreur. C’est ce que Jérémy a fait. C’est un garçon en plus très humble, simple et réceptif, avec beaucoup de personnalité. Il arrive à trouver son chemin et son bon mode de fonctionnement. Il a trouvé un équilibre qui lui permet de gérer des périodes difficiles.

Ce samedi, Lens reçoit justement Valenciennes, et donc un Baptiste Aloé qui vit une situation peut-être plus compliquée en ce moment…

La situation de Baptiste est un peu plus difficile, en effet, après pourtant une bonne première partie de saison. Son expulsion lui a coûté le match de Marseille, en Coupe de France. Sachant qu’il venait de là-bas, cela a été difficile. Je suis convaincu qu’il reviendra titulaire car c’est un garçon plein de bonnes intentions, déterminé par son projet.

L’évolution du préparateur mental au sein d’un club de foot va-t-elle dans le bon sens ?

Je vois une évolution depuis quelques temps où les gens commencent à être beaucoup plus à l’écoute sur ce qu’un préparateur mental peut amener à un sportif. Cela ne peut aller qu’en grandissant. Les présidents, entraîneurs, joueurs vont réfléchir sur le fait qu’un préparateur mental peut être une plus-value.

Propos recueillis par Laurent Mazure

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