Lakhdar Boussaha : “On a croqué cette saison à pleines dents”

Entretiens avec joueurs

Lakhdar Boussaha est épanoui, heureux. A quelques semaines de ses 29 printemps, l’attaquant de Bourg-en-Bresse savoure sa saison pleine de bonnes surprises. La découverte de la Ligue 2, le plaisir d’évoluer au sein d’une équipe joueuse, ses 9 réalisations. A quelques jours des vacances, il dresse le bilan de l’exercice burgien, le sien et évoque brièvement son avenir…incertain. 

Lakhdar, nous venons d’apprendre le prochain départ d’Aliou Dembélé. Tout d’abord, qu’en pensez-vous ?

Il s’agit d’une grosse perte sportive. L’été dernier, le coach avait effectué un gros pari en recrutant Aliou. Il n’avait jamais joué à ce niveau. Et puis il a prouvé, durant toute la saison, ses qualités. Dans notre jeu très offensif, il couvrait beaucoup d’espaces. Il s’est fondu dans le collectif. Il avait une grosse influence sur notre jeu.

Mois après mois, avez-vous conscience de marquer l’histoire de Bourg-en-Bresse ?

Nous en avons eu conscience petit à petit, oui. Mais nous n’avons jamais été dans le calcul cette saison. Nous étions en mode “mission commando” dès le départ. D’ailleurs, en juillet dernier, la presse nous descendait un peu. Un article demandait même si Bourg-en-Bresse allait gagner un match… C’était vraiment virulent. Nous nous sommes protégés. Nous nous sommes renforcés aussi dans l’idée que ça allait être difficile. Une émulation s’est constituée dans le groupe. Il fallait montrer à tout le monde que nous méritions notre place.

Mais vous ne l’avez jamais volée…

Lors de notre montée de National en L2, on pouvait penser que certains préféraient voir Strasbourg accéder à cette division. Pour le spectacle, pour le prestige, c’est plus clinquant que Bourg-en-Bresse. Sauf que nous sommes montés. Et nous n’avons pas usurpé notre place !

Au final, cette 10e place qui paraissait utopique est aujourd’hui amplement méritée ?

Bien entendu. Nous avons joué tous nos matchs à fond. Nous avons d’ailleurs laissé des plumes lors des Coupes nationales. Nous avions un effectif réduit mais nous avons toujours été au maximum. Nous avions conscience que la seconde partie de saison allait être délicate. Comme nous découvrions ce niveau, nous avons croqué à pleines dents dans cette saison.

Boussaha_bourgExiste-t-il des regrets, alors que vous avez été sur le podium en automne 2015 ?

Il pourrait y en avoir avec le recul. Nous aurions peut-être aimé savoir comment ça se serait passé si nous n’avions pas laissé autant de jus dans les Coupes. Nous n’aurions peut-être pas eu ce coup de mou en décembre et janvier. J’ai bien dit que l’on pourrait éventuellement en avoir. Mais à la fin, nous n’en éprouvons aucun. Nous avons connu des moments exceptionnels. De plus, nous n’avons jamais volé nos victoires.

“Le coach a effectué un recrutement low-cost (rire)”

En pratiquant un jeu attrayant. N’est-ce pas là un plus grand motif de fierté que votre classement final ?

En effet, à la fin du championnat, il y a cette fierté d’avoir procuré du spectacle. D’avoir cette image d’équipe joueuse. Surtout que ça a pu nous être reprochés car nous avons pris pas mal de buts. Mais nous avons gardé cette philosophie de jeu même en étant moins bien à certains moments.

La force collective de Bourg a vraiment été l’élément déterminant cette saison ?

Oui, nous avions vraiment cette mission sur le plan collectif. Il n’y a aucune star dans notre équipe. Ce n’est pas un joueur qui va faire la différence, mais toute l’équipe qui va s’en sortir.

Le tout avec un recrutement de qualité l’été dernier.

Le coach a effectué un recrutement… low-cost on va dire (rire). Il est allé piocher dans les divisions inférieures car il connaissait. La mayonnaise a tout de suite pris. Les mecs qui étaient déjà présents ont passé le cap du National. Je pense aussi à Nirlo, Pape (Sané), moi-même, Jason (Berthomier). Nous partions dans l’inconnu. Tout le monde s’est mis au diapason. Les recrues ont fait le job. Le groupe était restreint mais a répondu présent.

Un groupe où tout le monde s’entend à merveille…

On n’obtient pas des résultats quand on ne sentent pas en dehors du terrain. Les dirigeants ont été bons de garder cet esprit de camaraderie, que l’on retrouve dans les équipes amateurs. Cela va-t-il durer ? Est-ce possible ? Je ne sais pas. Sportivement, on a progressé plus vite que le club. Il s’agit de ma 3e année ici. Ce n’est pas le club dans lequel je suis arrivé. Il a évolué. En termes d’infrastructure, de cellule médicale, de préparation de match.

“J’ai pris énormément de plaisir”

Boussaha_BourgD’un point de vue personnel, c’est la 3e saison de suite où vous tutoyez les 10 réalisations (9 actuellement). Le bilan est satisfaisant ?

Même la 4e saison en comptant Besançon (13 buts). La barre de 10, pour un attaquant, ça signifie une bonne saison. Mon objectif était de faire le maximum pour aider l’équipe. Je ne suis pas un fou des statistiques. Ce qui m’importe, c’est d’apporter à l’équipe. Au-delà de cela, j’ai aimé les progrès réalisés dans le jeu. J’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai connu des saisons, notamment en National, où je marquais des buts mais davantage dans la finition. Je ne touchais pas le ballon du match. Cette année, j’ai pris énormément de plaisir en plus des résultats.

Vous n’aviez jamais évolué à ce niveau auparavant malgré quelques matchs en L1 avec Boulogne. Comment s’adapte-t-on, se hisse-t-on au niveau de la L2 ?

J’ai eu plus de facilités car la Ligue 2 me correspond davantage que le National. En National, on est plus dans le duel et j’ai dû forcer ma nature pour exister. Il faut se mettre au diapason des équipes. Tu ne peux pas aller vite en tant qu’attaquant. Là, ça s’est fait plus naturellement. Il y a moins de duels, davantage d’espaces.

“M’éclater et refaire une saison pleine en L2”

Que gardez-vous en mémoire de cette saison ?

Une anecdote personnelle d’abord. Quand le coach m’a donné ma chance à Brest, en Coupe de la Ligue. Nous jouions un mardi. Le coach, au début de saison, ne comptait pas forcément sur moi. Puis j’ai mis un doublé à Brest, j’ai marqué le but de la qualification au penalty. Cela a lancé ma saison. Il y a un peu plus drôle aussi. L’été dernier, lorsque certains joueurs qui venaient de l’étage du dessus venaient à l’essai pendant le stage. Au moment de la sieste, nous préférions jouer au volley dans la piscine. Nous nous éclations. Nous avons une vrai bande de potes. Cela manquait de professionnalisme, mais ça a bien servi. Cela a pu intégrer les nouveaux joueurs. Nous avions besoin de nous amuser après s’être arrachés le matin.

Cela risque-t-il de changer ?

Petit à petit. Il va falloir jongler entre l’envie de progresser au niveau professionnel et l’envie de garder cet état d’esprit qui fait notre force.

Est-ce impossible de concilier les 2 ?

C’est difficile. Quand ça marche, tout va bien. Quand ça ne marche pas, on va vous reprocher ceci. Nous essayerons de garder cet état d’esprit. Cela nous permet de rester humble aussi. L’humilité a fait notre force. Cela ne va pas à l’encontre de l’ambition.

Cet été, l’objectif n’est pas de tout chambouler dans l’Ain. Mais certains équipiers vont partir. Et vous ?

Je suis en réflexion. J’ai plusieurs opportunités mais je ne sais pas forcément ce que je veux encore. Un heureux événement arrive bientôt et je ne veux pas me précipiter. J’arrive aussi en fin de contrat. Le club m’en a proposé un nouveau. Je suis en pleine réflexion. Je n’ai qu’une volonté, refaire une saison pleine en Ligue 2 et m’éclater. J’ai tellement galéré pour en arriver-là. Donc c’est m’éclater. Le reste, c’est de la littérature.

Il y a quelques semaines, on évoquait un intérêt de Lens notamment ?

C’est toujours flatteur de voir des clubs de ce calibre s’intéresser. Mais je ne sais pas comment les choses peuvent se passer.

Propos recueillis par Laurent Mazure

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