Entretien ML2 – Olivier Frapolli : « Une période qui permet de s’ouvrir aux autres »

Olivier Frapolli a dirigé l’US Orléans entre 2012 et fin 2016, côtoyant pendant une saison et demi la Ligue 2, avant d’être remercié par ses dirigeants lors de la dernière trêve hivernale. Trois mois après sa fin de mission à l’USO, il nous accorde ce long entretien où il revient sur la fin de son histoire avec Orléans, sa nouvelle vie, ses projets et ambitions futures.

MaLigue2 : Vous avez achevé une longue aventure avec Orléans (au club depuis 2010) il y a 3 mois, comment allez-vous aujourd’hui ?

Olivier Frapolli : Il a fallu un peu de temps et un processus légitime de digestion. C’était ma septième saison, on ne reste pas aussi longtemps dans un club, avec des histoires aussi fortes, sans y rester insensible. Même si la situation pouvait laisser présager cette issue, on prend quand même un gros coup sur le moral. Il a fallu le temps nécessaire pour digérer tout cela, pour ensuite bien analyser tout ce qu’il s’était passé, mauvaises et surtout bonnes choses, pour repartir et rebondir. Aujourd’hui, comme un joueur qui a une blessure, s’il a la bonne façon de l’appréhender, il va revenir plus fort. Je pense que c’est la même chose pour un entraîneur.

Cela signifie donc une réflexion globale sur ce qu’on a fait ou pas comme ex-coach, et une grosse remise en question ?

La remise en cause est hebdomadaire pour un coach, après chaque match. Elle existe déjà. Dans le cas d’une fin de mission, il y a d’autres étapes à passer : les sentiments de déception, de colère, de frustration… Il y a ensuite une phase où on a un peu plus de recul, où on analyse les choses qu’on a mal ou bien faites. C’est important aussi d’analyser comment ce club est passé du CFA à la Ligue 2, avec une évolution de ses jeunes, des structures d’entraînement, du stade… Même si je mets toujours un peu d’espace, il y a aussi un regard sur ce qui se fait aujourd’hui et les résultats du club.

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Crédit photo : Julien Péron

Cette rupture est donc totalement digérée ?

Oui, le plus important pour moi est de retrouver un nouveau challenge. Cette période m’a permis de me retaper physiquement, de faire beaucoup de sport. Ce sont des moments à mettre à profit pour faire toutes les choses qu’on n’a pas le temps de faire lorsqu’on est en activité et dont on sait qu’elles ont de l’importance pour avoir l’énergie nécessaire de mener un projet.

« Je n’ai pas pu regarder de football pendant un mois »

L’idée c’est d’être prêt pour la nouvelle saison ?

Exactement. On dit que dans les situations qui paraissent négatives, il faut toujours essayer de trouver le positif. Je pense que dans chaque situation il y a une opportunité derrière. Mon objectif est d’être prêt pour le prochain club qui me fera confiance, Orléans l’a fait pendant sept années et je leur en serait toujours reconnaissant. Aujourd’hui j’ai envie d’apporter et de donner beaucoup pour mon prochain club.

Quand on parle de nouveau challenge, on est à l’écoute, en recherche ?

Comme tout le monde aujourd’hui, il y a un agent qui va être à l’écoute des bruits ou des situations qui peuvent se décanter. Il faut être en mesure de postuler, car parfois quand l’information d’un départ sort, les choix de remplacement sont déjà fait. C’est le travail de l’agent.

Pour ma part, il s’agit de rester au contact du milieu du football : je vois pas mal de matchs, je suis allé à Bordeaux pour voir Jocelyn Gourvennec travailler, je vais essayer d’aller à Angers pour voir comment ce club travaille. Il y a beaucoup d’observation, après un gros mois où je n’ai pas pu regarder un match de football, quel qu’il soit. Petit à petit, on reprend du plaisir à regarder des matchs, on les voit aussi sous un autre œil. Ensuite, il faut se remettre dans le bain, car une situation ou une opportunité peut arriver le lendemain. Cela passe par l’observation de matchs, d’entraînements. Je me suis aussi replongé dans mon projet de jeu pour essayer de l’améliorer, de le développer.

Je mène en parallèle une démarche au niveau du management, avec le monde de l’entreprise. Je me suis intéressé à ce qui se fait dans l’entreprise, j’essaye de mettre en place des passerelles entre le domaine de l’entreprise et du sport pour essayer d’adapter les outils. C’est une période qui permet de s’ouvrir aux autres, à ce qui se fait ailleurs. Je vais aussi essayer d’aller voir ce qui se fait au niveau du rugby, d’être très curieux, récolter un maximum d’informations dans l’idée de progresser. Un entraîneur a l’avantage de ne pas avoir son potentiel physique entamé avec les années, c’est un métier où l’on apprend tout le temps. On l’a vu avec le match du PSG contre Barcelone, la première chose que dit Unai Emery c’est « Ça va me servir« . On peut penser que dans sa carrière, il aura un match à préparer avec le scénario, cette expérience lui servira.

« La vérité du moment compte, pas ce qui a été fait avant »

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Crédit photo : Julien Péron

La fin de l’histoire avec Orléans vous a-t-elle appris des choses au niveau des relations humaines, qui pourront vous servir par la suite ?

Effectivement, on grandit. Je pense aussi que plus on passe de temps dans un club, plus on crée des liens. Chaque année qui passe on a aussi conscience qu’on se rapproche de la fin, comme pour une série de victoires où la défaite approche fatalement. J’aurai pu partir au début de la saison, avec cette 2ème montée en 3 ans, ce qui constitue un petit exploit. Mais j’avais la volonté de faire grandir ce club, qui souhaitait me conserver, il y avait une dynamique intéressante. Dans ma vie d’entraîneur, ça va m’aider et me permettre de franchir certains paliers.

Je suis rentré dans le football pro à 17 ans, je n’en suis jamais sorti depuis 30 ans. Même avec deux montées, je n’ai jamais pensé être dans un fauteuil et posséder une immunité, je savais très bien que sans les résultats escomptés, je serai comme tous les entraîneurs de la planète. Regardez Ranieri (viré de Leicester après avoir été champion), c’est la vérité du moment qui compte, on oublie vite le passé. C’est un milieu impitoyable, il faut être bon tous les weekends, ce qui a été fait avant ne compte pas.

Comment cela s’est-il passé avec vos autres collègues de profession au moment de votre licenciement par Orléans ?

La première semaine qui suit l’annonce, vous avez beaucoup d’attention. Les gens veulent comprendre, il y a une solidarité chez les entraîneurs avec beaucoup de témoignages. Y compris du monde du football, les supporters qui avaient fait une banderole, des joueurs… Ça n’efface pas complètement ce qu’on vient de vivre et de subir, mais on a quand même l’impression d’avoir marqué son passage dans ce club plutôt de la bonne façon. Ce sont aussi des motifs de satisfaction, quand je me suis lancé dans ce métier ce n’était pas dans l’optique d’avoir la plus grande carrière d’entraîneur mais d’être au cœur de nouveaux projets et de vivre des aventures sur le plan humain. Lorsque ça s’arrête et qu’on reçoit ces témoignages-là, on se dit qu’on n’a pas fait tout ça pour rien. C’est bien de l’entendre et de le recevoir.

« Le football, un sport difficile pour les entraîneurs…et les présidents ! »

Crédit photo : Julien Péron

Vous êtes redevenu un suiveur assidu de la Ligue 2, quel est votre regard sur la lutte pour le maintien ?

Jusqu’à Valenciennes, ça reste très ouvert. On voit bien que des clubs ont eu des périodes, d’autres des coups d’arrêts, il va y avoir des confrontations importantes… C’est très difficile de condamner ou de sauver une équipe, la lutte se fera jusqu’au bout pour obtenir son maintien. La dernière journée aurait pu apporter un peu plus de visibilité, au contraire elle a resserré le classement. Çà va être une fin de saison très intéressante à suivre, et très stressante pour les acteurs.

Le retrait de 4 points à l’US Orléans peut-elle avoir une influence morale, comme l’affaire de Nîmes il y a 2 saisons qui avait pollué la fin de championnat ?

Nous avions été la victime de cette affaire, c’est quelque chose que nous avions vécu comme une injustice. Là, je sais qu’Orléans a fait appel, j’espère qu’ils auront gain de cause ou que la sanction sera réduite. On a l’impression que c’est venu casser la dynamique entreprise.

On voit bien que dans la lutte pour le maintien, les équipes se valent plus ou moins. Au-delà des erreurs techniques et du manque de qualité de certaines équipes, l’influence majeure du coach ne réside-t-elle pas dans la préparation mentale ? N’est-ce pas le point sur lequel il peut faire la différence par rapport à un autre ?

Crédit photo : Julien Péron

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que tous les entraîneurs français, jusqu’en CFA, sont bien formés. On le voit en Coupe de France, avec la préparation physique, athlétique mais aussi tactique où des clubs amateurs posent des problèmes tactiques à des formations de Ligue 1. Alors c’est peut-être une des clefs qui va permettre à un entraîneur de faire la différence, mais il reste des choses qu’on ne peut pas quantifier : le football reste le sport le plus spectaculaire. Pour revenir à Leicester, Claudio Ranieri a du avoir le même type de coaching, de management, pendant un an et demi et pourtant il y a des choses qui ont fait que ça n’allait plus cette saison, alors que l’an passé Leicester était invincible. A Orléans, en essayant d’être le plus objectif possible, j’ai le sentiment que sur mes six derniers mois, on a souvent été bons dans le jeu, dominateurs, se procurant des occasions mais avec un manque de réussite, d’efficacité, des blessures. Ce sont des choses difficilement maîtrisables. Ce que l’on sait, c’est qu’en travaillant bien et en gardant une ligne de conduite, si les joueurs continuent à persévérer et adhérer au projet, ça va tourner à un moment. C’est ce qui s’était passé la saison précédente à la trêve, en National. Et parfois, en dépit de tout ce qu’on peut dire, vous avez beau faire tout ce que vous pouvez, ça ne tourne pas.

C’est vrai que le management aujourd’hui est un élément capital, tous les entraîneurs en ont confiance et dans la formation BEPF on a plusieurs modules sur ce thème. C’est pour cela aussi que je me suis tourné vers le monde de l’entreprise, pour me perfectionner en ce sens. Mais le football restera toujours ce sport fait d’imprévisible : à la 87ème minute de Barcelone-PSG, personne, je dis bien absolument personne, ne pouvait envisager le scénario final. Les joueurs eux-mêmes n’y croyaient plus, avaient lâché, le disaient sur le terrain par leur comportement. C’est ce qui fait du football un sport aussi populaire, passionné et passionnant ; mais un sport aussi difficile pour les entraîneurs, les supporters, les présidents, les investisseurs…

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